Social & RH — Juillet 2026

Congé supplémentaire de naissance 2026 : ce que doit savoir le dirigeant TPE/PME

3 juillet 2026 · 6 min de lecture

"Mon salarié vient de m'annoncer qu'il attend un enfant — il me parle d'un nouveau congé depuis juillet 2026, est-ce que je suis obligé d'accepter et est-ce que ça me coûte quelque chose ?" Voici précisément ce que ce dispositif change pour votre entreprise, et ce qu'il vous ouvre en tant qu'indépendant.

Sommaire

  1. Ce qui entre en vigueur le 1er juillet 2026
  2. Vous êtes employeur : vos obligations concrètes
  3. Durée, modalités et calendrier
  4. Qui paie quoi ? Le tableau de l'indemnisation
  5. Droits du salarié que vous devez connaître
  6. Vous êtes indépendant : vos droits propres
  7. Cumuls interdits et successions possibles
  8. Checklist pratique : les réflexes à adopter

Ce qui entre en vigueur le 1er juillet 2026

La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, précisée par des décrets publiés le 31 mai 2026, crée un congé supplémentaire de naissance effectif depuis le 1er juillet 2026. Il ne remplace pas le congé maternité, le congé paternité ou le congé parental d'éducation : il vient s'y ajouter, sous forme d'un droit individuel non transférable entre parents.

Ce congé concerne les naissances et adoptions à compter du 1er janvier 2026. Pour les enfants nés ou adoptés entre le 1er janvier et le 30 juin 2026, la fenêtre de prise démarre au 1er juillet 2026 et court jusqu'au 31 mars 2027.

1 ou 2
mois de congé supplémentaire possible
9
mois maximum après la naissance pour le prendre
70 %
du salaire plafonné le 1er mois, pris en charge par la Sécu
60 %
du salaire plafonné le 2e mois

Vous êtes employeur : vos obligations concrètes

Beaucoup de dirigeants se demandent s'ils peuvent refuser ou reporter ce congé pour protéger leur organisation. La réponse est sans ambiguïté : si le salarié remplit les conditions et respecte le délai de prévenance, l'employeur ne peut ni refuser le congé supplémentaire de naissance ni en exiger le report.

Le délai de prévenance

Votre salarié doit vous informer par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre contre décharge, en précisant la date de début, la durée et, le cas échéant, les dates de fractionnement. Le délai applicable est le suivant :

Qui verse les indemnités journalières ? L'indemnisation est prise en charge par la CPAM ou la MSA. Les indemnités journalières peuvent être versées directement au salarié par la caisse, ou par l'employeur en cas de subrogation. Sauf maintien conventionnel ou accord plus favorable, l'employeur n'a pas à financer lui-même cette indemnisation.

Formalités déclaratives côté employeur : la procédure transitoire à connaître

C'est le point le plus opérationnel et le moins relayé. La procédure varie selon la date.

Période Régime général Régime agricole (MSA)
1er juillet → 30 septembre 2026 Phase transitoire CNAM : compléter le fichier Excel CNAM et le déposer en PDF sur le compte employeur Net-entreprises Signalement DSN (événementiel et mensuel) + formulaire de demande MSA dès le 1er juillet
À partir du 1er octobre 2026 Signalement DSN (événementiel et mensuel) + formulaire de demande spécifique CNAM Même procédure DSN + formulaire MSA — inchangé
Action immédiate si un salarié part en congé avant octobre 2026 Connectez-vous à votre compte employeur Net-entreprises, téléchargez le fichier Excel CNAM dédié, complétez-le et déposez-le au format PDF. La procédure de signalement DSN pour ce motif n'est ouverte en régime général qu'à partir d'octobre 2026.
Ce que vous devez anticiper en pratique Ce congé peut débuter dans les 9 mois qui suivent la naissance. Un salarié dont l'enfant est né en janvier 2026 peut légalement vous demander de partir en septembre 2026. Prenez l'habitude de demander à vos collaborateurs concernés s'ils envisagent ce congé dès l'annonce de la grossesse, pour planifier en conséquence.

Les conditions d'accès côté salarié (que vous devez vérifier)

Pour que l'indemnisation CPAM soit accordée, votre salarié doit avoir épuisé l'intégralité de ses droits aux congés de maternité ou de paternité. Exception : cette condition ne s'applique pas si le salarié n'a pas pu bénéficier de son congé maternité ou paternité faute d'indemnisation par la Sécurité sociale — il accède alors directement au congé supplémentaire. Il doit également justifier de 6 mois d'affiliation à la Sécurité sociale et d'au moins 150 heures de travail au cours des 3 derniers mois (ou cotisation sur l'équivalent de 1 015 fois le SMIC horaire sur 6 mois).

Durée, modalités et calendrier

Le congé se prend par blocs d'un mois calendaire (calculé de date à date : du 15 juillet au 14 août, par exemple). Il s'agit toujours d'une suspension totale du contrat de travail — il ne peut en aucun cas prendre la forme d'un temps partiel ou d'un aménagement d'horaires. La flexibilité réside uniquement dans la possibilité de fractionner :

Durée choisie Fractionnement possible Prise simultanée par les deux parents Délai limite
1 mois Non (monobloc) Oui, si l'autre parent prend aussi le sien Dans les 9 mois suivant la naissance
2 mois Oui : 2 périodes d'1 mois non consécutives Oui Le 2e mois doit commencer au plus tard le dernier jour du 9e mois
Cas particulier : naissance multiple ou allongement conventionnel Si la durée légale des congés est allongée (naissances multiples, dispositions conventionnelles), le délai de 9 mois est prolongé d'autant. Pour les naissances entre le 1er janvier et le 30 juin 2026, le délai commence à courir au 1er juillet 2026 : le congé doit démarrer au plus tard le 31 mars 2027.

Qui paie quoi ? Le tableau de l'indemnisation

L'intégralité de l'indemnisation est prise en charge par les organismes de protection sociale, pas par l'employeur. Le plafond retenu pour les salariés du privé est le plafond mensuel de la Sécurité sociale (4 005 € en 2026).

Statut 1er mois 2e mois Payeur
Salarié du privé 70 % du salaire plafonné 60 % du salaire plafonné CPAM / MSA
Travailleur indépendant 70 % (IJ forfaitaire dégressive) 60 % (IJ forfaitaire dégressive) CPAM / SSI
Agent public 70 % du traitement indiciaire 60 % du traitement indiciaire Employeur public + supplément familial intégral
Demandeur d'emploi Indemnités CPAM — allocation chômage suspendue CPAM
Pour les agents publics Le supplément familial de traitement et l'indemnité de résidence restent versés en totalité. Les primes et indemnités suivent les mêmes taux de réduction que le traitement indiciaire (70 % puis 60 %).
Calcul de l'IJ pour les salariés du privé L'indemnité journalière est calculée selon les modalités applicables aux indemnités journalières maternité, paternité ou adoption, dans la limite du plafond mensuel de la Sécurité sociale, fixé à 4 005 € en 2026. Le taux appliqué est de 70 % le premier mois puis 60 % le second. C'est la CPAM qui effectue ce calcul — l'employeur n'intervient pas dans la liquidation.
Alerte pratique : les IJSS ne seront pas versées avant le 15 août 2026 Pour les congés débutant dès le 1er juillet 2026, les premières indemnités journalières ne devraient pas être versées avant le 15 août 2026, le temps que l'Assurance maladie finalise l'adaptation de ses systèmes. Un salarié qui part en juillet percevra ses IJSS avec plusieurs semaines de décalage. Informez-en vos collaborateurs en amont pour éviter toute incompréhension — ce délai ne relève pas de l'employeur.
Point de vigilance — Droit local Alsace-Moselle En Moselle, Bas-Rhin et Haut-Rhin, le Code local prévoit le maintien du salaire lorsque le contrat est suspendu pour une cause personnelle indépendante de la volonté du salarié. La Cour de cassation a confirmé cette analyse pour le congé de paternité (Cass. soc., 27 mai 2025). Par analogie, le même raisonnement s'appliquera très probablement au congé supplémentaire de naissance : les employeurs de ces trois départements pourraient être tenus au maintien de salaire, indépendamment de l'IJSS versée par la CPAM.

Droits du salarié que vous devez connaître en tant qu'employeur

Au-delà de l'obligation d'accepter le congé, la loi encadre le statut du salarié pendant et après. Ces droits créent des obligations indirectes pour l'employeur — les ignorer expose à un contentieux prud'homal à l'occasion du retour.

Protection contre le licenciement

Pendant le congé supplémentaire de naissance, l'employeur ne peut pas licencier le salarié en CDI, sauf faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à la naissance ou à l'arrivée de l'enfant. Toute rupture intervenant pendant cette période doit donc être maniée avec une extrême prudence. Cette protection ne s'applique pas aux CDD : l'arrivée du terme d'un contrat à durée déterminée n'est pas bloquée par le congé.

Acquisition de congés payés : une réserve à connaître

Le congé supplémentaire de naissance est expressément assimilé à du temps de travail effectif pour les droits liés à l'ancienneté. En revanche, sauf disposition conventionnelle ou accord plus favorable, il n'est pas expressément assimilé à du temps de travail effectif pour l'acquisition des congés payés — contrairement au congé maternité. Ce point est à clarifier avec le salarié avant le départ pour éviter toute contestation à la reprise.

Ancienneté préservée

La période de congé est prise en compte pour le calcul de l'ancienneté. Le contrat de travail est suspendu, non rompu — aucun impact négatif sur les droits à l'ancienneté du salarié.

CPF et droits à la retraite maintenus

La durée du congé est intégralement comptabilisée pour les droits au Compte Personnel de Formation (CPF), au même titre que les congés maternité, paternité et d'adoption. Les trimestres correspondants aux périodes indemnisées par la Sécurité sociale sont validés pour l'ouverture du droit à pension de vieillesse. Sur ces deux points, le congé supplémentaire de naissance est donc plus favorable que le congé parental d'éducation classique.

Garanties prévoyance et frais de santé : vérification obligatoire

Le maintien des garanties frais de santé et prévoyance pendant ce congé doit être vérifié au cas par cas dans l'acte instituant le régime, le contrat d'assurance et la convention collective applicable. En l'absence de maintien de salaire ou de disposition plus favorable, le maintien des garanties n'est pas automatique. Il est fortement recommandé de remettre au salarié la notice d'information du régime de prévoyance au moment de sa demande, et de l'informer par écrit des conséquences sur sa couverture — notamment lorsque les deux parents prennent leur congé simultanément.

Entretien de parcours professionnel au retour

Si aucun entretien professionnel n'a déjà eu lieu à l'issue du congé maternité ou d'adoption précédant, vous devez proposer un entretien de parcours professionnel au retour du salarié. Ce n'est pas une formalité optionnelle — son absence peut être invoquée dans le cadre d'un litige ultérieur.

Droit à réintégration

À l'issue du congé, le salarié retrouve son emploi précédent ou un emploi similaire avec une rémunération au moins équivalente. Toute modification unilatérale de poste ou de salaire à ce moment est susceptible de requalification.

Changement d'employeur avant l'exercice du droit

Si un salarié change d'employeur sans avoir encore pris son congé supplémentaire de naissance, il conserve son droit. Il doit simplement informer son nouvel employeur dans le mois suivant son embauche. Cas plus fréquent qu'on ne l'imagine dans les secteurs à forte mobilité — vérifiez à l'embauche si un salarié entrant est concerné par ce congé pour anticiper l'absence dès l'intégration.

Cessation anticipée : délai de prévenance à respecter Un salarié peut écourter son congé en cas de décès de l'enfant ou de diminution importante des ressources du foyer. Dans ce cas, il doit vous en informer au moins 8 jours avant la date de reprise anticipée. Ce délai joue dans les deux sens : vous pouvez organiser le retour, mais vous ne pouvez pas l'imposer avant ce délai.

Vous êtes indépendant : vos droits propres

Beaucoup de gérants majoritaires ou d'entrepreneurs individuels ignorent qu'ils peuvent eux-mêmes bénéficier de ce congé. "En tant que chef d'entreprise, est-ce que j'ai aussi droit à ce congé naissance ?" — oui, sous conditions.

Conditions d'accès pour les indépendants

Artisans, commerçants et professions libérales doivent remplir trois critères cumulatifs :

Le piège de la suspension partielle Pour les indépendants, la condition de suspension d'activité est contrôlable. Continuer à signer des devis, gérer des urgences ou être présent ponctuellement peut entraîner la remise en cause des indemnités journalières. Anticipez le relais (collaborateur, sous-traitant, confrère) avant de déposer votre demande.

Démarches pour les indépendants

La demande s'effectue via le téléservice demarche.numerique.gouv.fr, disponible depuis le 1er juillet 2026. Elle doit être déposée au plus tard la veille du début du congé. Aucun délai de prévenance vis-à-vis d'un employeur n'existe par définition, mais la suspension d'activité doit être effective dès le premier jour.

Cumuls interdits et successions possibles

Le congé supplémentaire de naissance ne se cumule pas avec plusieurs prestations, mais elles peuvent se succéder dans le temps — une distinction pratique importante.

Non cumulables simultanément Indemnités journalières maladie ou accident du travail · Allocations chômage (hors CEJ) · PreParE (Prestation partagée d'éducation) · CMG pour l'enfant concerné · AJPP et AJPA
Successions possibles (l'une après l'autre) Un parent peut prendre le congé supplémentaire de naissance, puis, à son terme, solliciter la PreParE si les conditions sont remplies. De même, un demandeur d'emploi reprend ses droits à l'allocation chômage à l'issue du congé : France Travail reconstitue un salaire de référence pour le calcul.

Pour les bénéficiaires du Contrat d'engagement jeune (CEJ), un cumul partiel est possible : jusqu'à 300 € de revenus du congé, le cumul est intégral ; au-delà, l'allocation CEJ est réduite progressivement.

Checklist pratique : les réflexes à adopter

Pour un dirigeant de TPE/PME, l'enjeu est moins juridique qu'organisationnel. Voici les réflexes à mettre en place dès maintenant.

En tant qu'employeur

En tant qu'indépendant ou gérant non salarié

Sources officielles

Ce congé peut devenir un levier d'attractivité La loi ne vous impose aucun maintien de salaire au-delà des IJSS. Rien ne vous empêche d'aller plus loin via un accord collectif ou une décision unilatérale de l'employeur (DUE) prévoyant un complément de rémunération pendant le congé. Dans un marché de l'emploi où les candidats comparent les politiques RH aussi attentivement que les salaires, un tel engagement est un signal concret sur la prise en compte de la parentalité dans votre structure.

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Ce nouveau congé s'inscrit dans un ensemble de réformes 2026 qui modifient les droits des dirigeants indépendants. Nos simulateurs et ressources vous aident à mesurer l'impact concret sur votre protection sociale.

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